Evangile au Quotidien
lundi 30 mars 2009
Le lundi de la 5e semaine de Carême
Saint Amédée de Savoie (1435-1472)
Commentaire du jour
Saint Ambroise : Le soleil de justice : la nouvelle Loi dans le Temple
Les lectures du jour
Dn 13,1-9.15-17.19-30.32-62.
Il y avait un habitant de Babylone qui se nommait Yoakim.
Il avait épousé une femme nommée Suzanne, fille d'Helkias. Elle était très
belle et respectait le Seigneur.
Ses parents étaient des justes, et ils avaient élevé leur fille dans la loi
de Moïse.
Yoakim était très riche, et il possédait un parc auprès de sa maison ; les
Juifs affluaient chez lui, car il était le plus illustre d'entre eux.
Deux anciens avaient été désignés dans le peuple pour être juges cette
année-là ; ils étaient de ceux dont le Seigneur a dit : Le crime est venu
de Babylone par des anciens, par des juges qui prétendaient guider le
peuple.
Ils fréquentaient la maison de Yoakim, et tous ceux qui avaient des procès
venaient les trouver.
Lorsque le peuple s'était retiré, vers midi, Suzanne entrait dans le parc
de son mari, et s'y promenait.
Les deux anciens la voyaient chaque jour entrer et se promener, et ils se
mirent à la désirer :
ils faussèrent leur jugement, ils détournèrent leurs yeux pour ne plus
regarder vers le ciel et ne plus se rappeler ses justes décrets.
Ils guettaient le jour favorable, lorsque Suzanne entra dans le jardin,
comme la veille et l'avant-veille, accompagnée seulement de deux jeunes
filles ; il faisait très chaud, et elle eut envie de prendre un bain dans
le parc.
Il n'y avait personne, en dehors des deux anciens qui s'étaient cachés et
qui l'épiaient.
Suzanne dit aux jeunes filles : « Apportez-moi de quoi me parfumer et me
laver, puis fermez les portes du parc, pour que je puisse prendre mon bain.
»
Dès que les jeunes filles furent sorties, les deux anciens surgirent,
coururent vers Suzanne et lui dirent :
« Les portes du parc sont fermées, on ne nous voit pas ; nous te désirons,
sois consentante et viens avec nous.
Autrement nous porterons contre toi ce témoignage : il y avait un jeune
homme avec toi, et c'est pour cela que tu as renvoyé les jeunes filles. »
Suzanne dit en gémissant : « De tous côtés, je suis prise au piège : si je
vous cède, c'est la mort pour moi ; et si je refuse de céder, je
n'échapperai pas à vos mains.
Mais je préfère tomber entre vos mains sans vous céder, plutôt que de
pécher aux yeux du Seigneur. »
Alors Suzanne poussa un grand cri, et les deux anciens se mirent à crier
contre elle.
L'un d'eux courut ouvrir les portes du parc.
Les gens de la maison, entendant crier dans le parc, se précipitèrent par
la porte de service pour voir ce qui arrivait à Suzanne.
Quand les anciens eurent raconté leur histoire, les serviteurs furent
remplis de honte, car jamais on n'avait dit pareille chose de Suzanne.
Le lendemain, le peuple se rassembla chez Yoakim son mari. Les deux anciens
arrivèrent, remplis de pensées criminelles contre Suzanne, et décidés à la
faire mourir.
Ils dirent devant le peuple : « Envoyez chercher Suzanne, fille d'Helkias,
épouse de Yoakim. » On l'appela aussitôt.
Elle se présenta avec ses parents, ses enfants et tous ses proches.
Tous les siens pleuraient, ainsi que tous ceux qui la voyaient.
Les deux anciens se levèrent au milieu du peuple, et posèrent les mains sur
sa tête.
Tout en pleurs, elle leva les yeux vers le ciel, car son coeur était plein
de confiance dans le Seigneur.
Les anciens déclarèrent : « Comme nous nous promenions seuls dans le parc,
cette femme y est entrée avec deux servantes. Elle a fermé les portes et
renvoyé les servantes.
Alors un jeune homme qui était caché est venu vers elle, et a péché avec
elle.
Nous étions dans un angle du parc, nous avons vu le crime, et nous avons
couru vers eux.
Nous avons vu qu'ils étaient ensemble, mais nous n'avons pas pu nous
emparer du jeune homme, car il était plus fort que nous : il a ouvert la
porte et il s'est échappé.
Mais elle, nous l'avons appréhendée, et nous lui avons demandé qui était ce
jeune homme ;
elle n'a pas voulu nous le dire. De tout cela, nous sommes témoins. »
L'assemblée les crut, car c'étaient des anciens du peuple et des juges, et
Suzanne fut condamnée à mort.
Alors elle cria d'une voix forte : « Dieu éternel, toi qui pénètres les
secrets, toi qui connais toutes choses avant qu'elles n'arrivent,
tu sais qu'ils ont porté contre moi un faux témoignage. Voici que je vais
mourir, sans avoir rien fait de tout ce que leur méchanceté a imaginé
contre moi. »
Le Seigneur entendit sa voix.
Comme on la conduisait à la mort, Dieu éveilla l'esprit de sainteté chez un
tout jeune garçon nommé Daniel,
qui se mit à crier d'une voix forte : « Je suis innocent de la mort de
cette femme ! »
Tout le peuple se tourna vers lui et on lui demanda : « Que signifie cette
parole que tu as prononcée ? »
Alors, debout au milieu du peuple, il leur dit : « Vous êtes donc fous,
fils d'Israël ? Sans interrogatoire, sans recherche de la vérité, vous avez
condamné une fille d'Israël.
Revenez au tribunal, car ces gens-là ont porté contre elle un faux
témoignage. »
Tout le peuple revint donc en hâte, et le collège des anciens dit à Daniel
: « Viens siéger au milieu de nous et donne-nous des explications, car Dieu
a déjà fait de toi un Ancien. »
Et Daniel leur dit : « Séparez-les l'un de l'autre, je vais les interroger.
»
Quand on les eut séparés, Daniel appela le premier et lui dit : « Toi qui
as vieilli dans le mal, tu portes maintenant le poids des péchés que tu as
commis autrefois en jugeant injustement :
tu condamnais les innocents et tu acquittais les coupables, alors que le
Seigneur a dit : Tu ne feras pas mourir l'innocent et le juste.
Eh bien ! si réellement tu as vu cette femme, dis-nous sous quel arbre tu
les as vus se donner l'un à l'autre ? » Il répondit : « Sous un sycomore. »
Daniel dit : « Voilà justement un mensonge qui te condamne : l'ange de Dieu
a reçu un ordre de Dieu, et il va te mettre à mort.
Daniel le renvoya, fit amener l'autre et lui dit : « Tu es de la race de
Canaan et non de Juda ! La beauté t'a dévoyé et le désir a perverti ton
coeur.
C'est ainsi que vous traitiez les filles d'Israël, et, par crainte, elles
se donnaient à vous. Mais une fille de Juda n'a pu consentir à votre crime.
Dis-moi donc sous quel arbre tu les as vus se donner l'un à l'autre ? » Il
répondit : « Sous un châtaignier. »
Daniel lui dit : « Toi aussi, voilà justement un mensonge qui te condamne :
l'ange de Dieu attend, l'épée à la main, pour te châtier, et vous faire
exterminer. »
Alors toute l'assemblée poussa une grande clameur et bénit Dieu qui sauve
ceux qui espèrent en lui.
Puis elle se retourna contre les deux anciens que Daniel avait convaincus
de faux témoignage par leur propre bouche. Conformément à la loi de Moïse,
on leur fit subir la peine que leur méchanceté avait imaginée contre leur
prochain :
on les mit à mort. Et ce jour-là, une vie innocente fut épargnée.
Ps 23(22),1-6.
Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.
Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux
tranquilles
et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de
son nom.
Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es
avec moi : ton bâton me guide et me rassure.
Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur
ma tête, ma coupe est débordante.
Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ; j'habiterai la
maison du Seigneur pour la durée de mes jours.
Jn 8,1-11.
Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ;
de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il
s'assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en
train de commettre l'adultère. Ils la font avancer,
et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit
d'adultère.
Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi,
qu'en dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser.
Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.
Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui
d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la
pierre. »
Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol.
Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en
commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de
lui.
Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-il donc ? Alors, personne
ne t'a condamnée ? »
Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus,
je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Commentaire du jour
Saint Ambroise (vers 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Lettre 26, 11-20 ; PL 16, 1044-1046 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 349 rev.)
Le soleil de justice : la nouvelle Loi dans le Temple
Une femme coupable d'adultère a été amenée par les scribes et les
pharisiens devant le Seigneur Jésus. Et ils ont formulé leur accusation
comme des traîtres, de telle sorte que si Jésus l'absolvait, il semblerait
enfreindre la Loi, mais que s'il la condamnait, il semblerait avoir changé
le motif de sa venue, car il était venu afin de pardonner le péché de
tous...
Pendant qu'ils parlaient, Jésus, la tête baissée, écrivait avec son
doigt sur le sol. Comme ils attendaient, il a levé la tête et a dit : «
Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la
pierre. » Y a-t-il rien de plus divin que ce verdict : que celui qui est
sans péché punisse le péché ? Comment, en effet, pourrait-on tolérer qu'un
homme condamne le péché d'un autre quand il excuse son propre péché ?
Celui-là ne se condamne-t-il pas davantage en condamnant chez autrui ce
qu'il commet lui-même ?
Jésus a parlé ainsi et il écrivait sur le sol. Pourquoi ? C'est comme
s'il disait : « Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'oeil de ton
frère, alors que la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas ?
» (Lc 6,41) Il écrivait sur le sol du doigt dont il avait écrit la Loi (Ex
31,18). Les pécheurs seront inscrits sur la terre et les justes dans le
ciel, comme Jésus dit aux disciples : « Réjouissez-vous parce que vos noms
sont inscrits dans les cieux » (Lc 10,20).
En entendant Jésus, les pharisiens « sortaient l'un après l'autre, en
commençant par les plus âgés »... L'évangéliste a raison de dire qu'ils
sont sortis, ceux qui ne voulaient pas être avec le Christ. Ce qui est à
l'extérieur du Temple, c'est la lettre ; ce qui est au-dedans, ce sont les
mystères. Car ce qu'ils recherchaient dans les enseignements divins,
c'étaient les feuilles et non les fruits des arbres ; ils vivaient dans
l'ombre de la Loi et ne pouvaient pas voir le soleil de justice (Ml
3,20).
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